Adoption de l’accord de Paris sur le climat : l’Afrique entre satisfecit et interrogations

Publié le par Denis-Zodo

Les lampions se sont définitivement éteins sur la conférence sur le réchauffement climatique qui s’est tenu du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris. Pendant deux semaines, 195 pays, soucieux de l’avenir de la planète ont travaillé d’arrache-pied pour aboutir à un accord « équilibré » qui prend en compte en partie les préoccupations des pays Africains, dont les attentes par rapport à ce rendez-vous étaient nombreuses. Mais, que de suspense ! Décryptage.

Jusqu’à l’ultime moment, ils ont eu peur de perdre le soutien de l’une ou l’autre des parties, mettant ainsi à bas le fragile château de cartes construit pendant ces deux semaines. Il aura fallu attendre 19 heures pour voir le marteau de Laurent Fabius s’abattre et entériner par la même occasion, l’adoption de l’accord de Paris. Aucune main ne s’était levée pour protester, dans la salle plénière du Bourget, remplie des représentants de 195 pays. Des milliards d’observateurs qui retenaient leur souffle jusqu’à cet instant pouvaient enfin souffler. Un accord « contraignant » et « équilibré » venait d’être signé par les 195 pays présents. Les pays Africains, eux pouvaient se tourner vers leurs calepins pour voir si certaines ou leurs revendications avaient été prises en compte.

En allant à ce rendez-vous, les pays Africains avaient dans leur agenda plusieurs revendications. Conscient l’Afrique fait partie des zones, les plus vulnérables de la planète, ses différents représentants ont souhaité que cette vulnérabilité soit prise en compte. Cette doléance semble avoir été respectée au regard du squelette final, l’on peut toutefois avancer que sa voix a été largement entendue. Cela, suffit-il pour applaudir des deux mains ? Pas si sûr. Parce que le chemin à parcourir reste encore long. Ce n’est pas Laurent Fabius qui dira le contraire. Lui qui a indiqué « comme président de la COP21, je conduirai des consultations spécifiques sur ce point afin d’y apporter des solutions dans la perspective de la COP22 », non sans ajouter qu’il va falloir engager un travail commun dans les mois à venir.

Limitation de l’augmentation de la température

Cette préoccupation des Africains, on peut le dire a été prise en compte. En effet, les 195 pays présents ont convenu de la limitation globale de la température. Mieux, ils s’accordent à ce qu’elle soit en dessous de 2°C et même voire 1,5°C. La préoccupation, relative au financement n’a pas été occultée. N’est-ce pas d’ailleurs ce qui a suscité la réaction du délégué chinois Zhenhua Xie « La COP de Paris est un tournant dans le changement climatique. Cet accord est équilibré, juste, très ambitieux, efficace, inscrit dans le temps, et juridiquement contraignant. Il emmène le monde vers un développement vert à faible empreinte carbone. »

Financement

Le financement de l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre venant des pays du Sud fait partie de l’accord de Paris. Les textes demandent fermement aux pays développés d’amplifier leur aide financière, afin d’atteindre l’objectif de 100 milliards de dollars de financements par an d’ici à 2020. Les pays développés se sont engagés à fournir 100 milliards de dollars par an de soutiens aux pays en développement à partir de 2020, cette somme étant considérée comme un plancher. Il prévoit aussi un mécanisme qui permettra d’évaluer les efforts des uns et des autres de manière transparente. Pour chaque point, l’accord prévoit par ailleurs une« différenciation » des efforts entre pays en développement et pays développés. Si, plusieurs pays Africains ont salué la décision des pays pollueurs d’octroyer la coquette somme de 100 milliards de dollars pour le financement, certains comme la Côte d’Ivoire ont souhaité que des propositions concrètes soient faites pour l’après 2020.

En dépit de quelques zones d’ombre, l’optimisme de Barack Obama

L’accord adopté, reste maintenant que son application suive. Certains délégués soulignent l’ampleur des chantiers qui restent à accomplir pour affiner et approfondir l’accord de Paris. Évidemment, cela suscite plusieurs interrogations. Entre autres, celles concernant le financement et la façon de faire respecter l’objectif de limitation de la hausse de température. Sans oublier comme le souligne le président américain Barack Obama, « l’accord de Paris est fort et ambitieux et susceptible de marquer un tournant dans la lutte contre le changement climatique. Le problème n'est pas résolu grâce à l'accord de Paris, mais ce dernier établit le cadre durable dont le monde a besoin pour résoudre la crise climatique, parce crée le mécanisme et l'architecture pour affronter ce défi de manière efficace » dixit le président américain. Qui a d’ailleurs renchéri

« cet accord est un signal puissant pour dire que le monde est résolument tourné vers un avenir à bas carbone ( ;;;) toute chose qui devrait encourager les investissements et l'innovation dans les énergies propres à un rythme sans précédent (…) Je suis convaincu que ce moment peut marquer un tournant pour le monde, le chemin restant à parcourir ne serait pas facile(…) toutefois, je suis optimisme . Ensemble, nous avons montré ce qu'il est possible de faire quand le monde est uni », a conclu le président du pays le plus puissant et partant le plus grand pollueur de la planète. On peut le dire. Une bataille a été gagnée. Reste, comme l’ont rappelé de nombreux orateurs et observateurs, à transformer l’essai et à faire en sorte que les promesses contenues dans l’accord soient bel et bien mises en œuvre. Car, s’il est vrai qu’une bataille a été gagnée, force est cependant de reconnaître que le combat continue. Ce n’est pas le Maroc qui dira le contraire ; pays qui accueillera la COP22 l’année prochaine.

Publié dans Environnement

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